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1809 – Soldat Napoléonien : Laurent GRAVET, la campagne de Russie

Soldat, Laurent GRAVET, pieds dans la neige sans trace, tu disparus.

Ainsi, Laurent, 18 ans, se prépare à rejoindre son régiment, le 108è d’infanterie de ligne, à Robelmont, sa mère et les proches lui rappelle le souvenir de deux jeunes hommes enrôlés avant lui et pas encore de retour. Il n’imagine pas le parcours incroyable qu’il vivra pendant plus d’une année tragique.

Partis en 1800, Jean Baptiste RICHARD qui a 34 ans maintenant, son cousin par sa mère Anne Marie GRAVET dont on n’a plus de nouvelles depuis 9 ans et aussi en 1808, son autre cousin Jacques Joseph HABRAN, 20 ans l’année dernière. Peut-être les verra-t-il ? C’est ce que l’on pense, que l’on espère lorsque l’on s’accroche à l’espoir en omettant d’imaginer les rumeurs des combats, l’immense colonne militaire et les difficultés du chemin.

Il ignore encore que Jean Baptiste, changera de régiment en 1809, les a t’ils rencontrés un jour sur un champ de bataille ? Rien n’est moins sûr et pourtant, ils furent si proche. De même pour Jacques Joseph enrôlé au 119e d’infanterie de ligne.

Le 20 mai 1809, après un long hiver de neige dans les territoires ardennais, il fait enfin chaud, Laurent ignore encore tout des combats de la grande Armée. Henri ROTTEMBOURG (1769-1857) est colonel du 108e régiment et baron d’Empire depuis 1809, il deviendra général.

Il commande les batailles de Landshut, Eckmülh, et le le 5 et 6 juillet 1809, la bataille de Wagram, “la plus meurtrière des batailles d’alors”, lorsque Laurent rejoint les rives nord du Danube proche de Vienne. Les forces françaises épuisées, ne peuvent continuer le combat et il en est de même des autrichiens désespérés après la défaite. En 1811, le baron Michel Jacques François ACHARD lui succédera à ROTTEMBOURG, comme colonel. Il se rapproche de la Russie.

La campagne de Russie au plus fort des combats, de Moguilev à Bérézina

Napoléon au sommet de son règne, contrôlant toutes les nations d’Europe continentale, entame en juillet 1811 les premières semaines de la campagne de Russie où il fut blessé.

La bataille de Moguilev 

Par Nikolaï Samokich — http://www.bg-gallery.ru/image.php?img_id=1992, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1502635
Le courage du général Raïevski par Nikolaï Samovich
 

On retrouve le 108e à Moguilev (Biélorussie), le 23 juillet 1812, dans le couloir terrestre de 80 kms entre la Baltique et la mer Noire où Napoléon choisit de faire passer 640.000 hommes, 60.000 chevaux et 1.200 de la Grande Armée.

Piotr Ivanovitch  BRAGATION (1765-1812), fils du Prince de Géorgie et Arménie reçoit l’ordre d’empêcher les français d’avancer. Le passage du fleuve est à Moguilev, le général français, Louis Nicolas DAVOUT, duc d’Auerstaedt, prince d’Eckmühl (1770-1823) se trouve confronté au général RAÏEVSKI commandant 20.000 hommes, il leur tient tête pendant 10 heures, les français perdent 1.000 hommes, dont 100 soldats du 108e faits prisonniers mais sortent victorieux.

 

La bataille de la Moskova ou de Borodino

Par Louis-François Lejeune — 1. bridgemanartondemand.com2. The Bridgeman Art Library, objet 4229, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5207301
La bataille de la Moskova,
                             Louis François Lejeune Collections du château de Versailles
 

Depuis juin 1812, la Grande Armée envahit la Russie et marche sur Moscou, à l’encontre du feld-Maréchal Mikhaïl KOUTOUZOV. Napoléon est déterminé à faire céder le tsar Alexandre Ier et à demander la paix et un nouveau traité d’Alliance. KOUTOUZOV, laisse la Grande Armée s’approcher tout en les harcelant avec les cosaques. Le 7 septembre 1812, à proximité de Borodino à 125 kms de Moscou, il se décide enfin à livrer bataille. Elle sera une des plus importante et des plus sanglantes de la campagne de Russie, marquée par la victoire des français. BRAGATION y est mortellement blessé à l’assaut. Cette victoire est qualifiée de victoire à la Pyrrhus, tant les pertes sont immenses, environ 30.0000 soldats français et 40.000 russes. Moscou est prise par la Grande Armée le 14 septembre et elle y restera jusqu’au 9 octobre, jour du retour. Le 108e de ligne est toujours existant.

 

La bataille de Krasnoï, défaite française

 

L’hiver cette année 1812 commence brutalement en novembre, la neige tombe sans discontinuer, les températures descendent jusqu’à -30°,  Napoléon souhaite faire prendre ses quartiers d’hiver à Smolensk, 430 kilomètres plus à l’ouest. Les semaines qui suivent sont déterminantes, l’armée sans ravitaillement doit faire face aux privations dans le froid, la neige et l’humidité, la perte de moral et de discipline gagne les troupes, il manque des chevaux et sont en buttes aux attaques incessantes d’environs 20.000 cosaques.

L’arrivée à Smolensk se fait le 9 novembre, il reste moins de la moitié des hommes tous affaiblis, la position est intenable et Napoléon choisi la retraite et enjoint ces généraux de rejoindre Minsk plus à l’ouest. Sa stratégie est défaillante, il sous-estime la capacité de l’armée russe. Le 15 et 16 novembre, 18.500 hommes sont en avant-garde rejoint par les 30.000 russes de KOUTOUZOV, ils attendent les français avec une importante cavalerie et 500 canons.

Le 17 novembre, GALITZINE, TORMASSOV attaquent sur Krasnoï, Eugène de BEAUHARNAIS et DAVOUT sont en danger, il est critique pour la Grande Armée de rejoindre le ravitaillement d’Orcha. Le 18 novembre, le corps de NEY est anéanti et réduit à seulement 800 survivants. Le total des pertes est de 6.000 à 13.000 morts et blessés. 20 à 26.000 disparus ou prisonniers.

La bataille de la Bérézina

Par Janvier Suchodolski — www.pinakoteka.zascianek.pl, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1483056
Napoléon traversant la Bérézina par Janvier Suchodolski
 

Du 26 au 29 novembre 1812, KOUTOUSOV poursuit toujours la Grande Armée, malgré les températures extrêmes la rivière Bérézina n’est pas encore complètement gelée. Napoléon se retire sans pouvoir traverser les ponts pris par les russes. Les combats sont rudes, un régiment tout entier se sacrifie pour faire diversion et il décide alors de construire deux ponts à Stoudenkia, l’armée les franchit malgré l’opposition, la traversée est longue, de nombreux traînards, épuisés, blessés ou souhaitant être prisonniers freinent le transfert. Le passage des hommes à peine terminé, les ponts sont incendiés, la rive gauche offre alors le spectacle d’hommes, de femmes et d’enfants tentant de traverser la rivière glacée à la nage.

La Bérézina est une victoire française, mais il ne reste que quelques milliers d’hommes et 50.000 traînards se replient sur Vilnius. Les pertes sont évaluées à 45.000 morts ou prisonniers.

Alors en route vers Orcha (Biélorussie), dans le 108e régiment le 3 décembre 1812,  il manque un homme, Laurent GRAVET présumé prisonnier, il allait avoir 22 ans le 24 décembre.

Il n’est jamais revenu au pays, dans les registres d’Etat-Civil de Robelmont, il n’y a plus un seul GRAVET masculin ni mort, ni vif.

Source du médaillon de Napoléon 2020-08-09-2021 une saison Napoléon aux invalides avec l'exposition Napoléon n'est plus.
Victor Hugo – L’expiation
 
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
Ce n’étaient plus des cśurs vivants, des gens de guerre :
C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d’ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
– Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s’étaient endormis là.
Ô chutes d’Annibal ! lendemains d’Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s’écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S’évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte, assauts ! attaques !
Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D’horribles escadrons, tourbillons d’hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L’empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu’alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour.
Tandis qu’environnant sa tente avec amour,
Voyant son ombre aller et venir sur la toile,
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile,
Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l’âme épouvanté.
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L’empereur se tourna vers Dieu ; l’homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu’il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
« Est-ce le châtiment, dit-il. Dieu des armées ? »
Alors il s’entendit appeler par son nom
Et quelqu’un qui parlait dans l’ombre lui dit : Non.
 
Sources:
Almanach météorologique : https://prevision-meteo.ch/almanach/1909
Alain Pigeard, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Paris, Tallandier, coll “Bibliothèque Napoléonienne”, 2004.
Léon Tolstoï, Guerre et Paix
Victor Hugo, l’expiation (Les châtiments) http://www.victor-hugo.info/poemes/161.html
 
Généalogie : GRAVET, HABRANT, RICHARD
 
 

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