L’ascendant inconnu

La consultation des registres a montré combien ils pouvaient être laconiques.

“Est née Marie le 1 de l’an 1718” est très décevant pour un généalogiste qui sait que les recherches de cette branche s’arrêteront là. Dans la lignée patrilinéaire, le patronyme étant conservé, certains le note : Patronyme prénom X. Et pourtant ce fragment de l’existence d’une naissance féminine, nous indique une présence en ce lieu en l’année 1718 et donc aussi l’existence de parents dont le père a laissé son patronyme en héritage.

Une approche différente : le clan

Cependant un autre regard nous permettra d’observer des éléments importants pour la recherche et de poser les idées non pas sur un seul individu mais sur un groupe.

Une filiation non définie ne donne pas la précision d’une généalogie cependant on peut évoquer la notion de clan sous certaines conditions. Lorsque le lieu est assez petit comme Robelmont et occupé par une cinquantaine d’habitants, lorsqu’un exercice professionnel commun réuni les humains, comme ici où pratiquement tout tourne autour des forges et que des patronymes subsistent à travers plusieurs siècles créant des descendances dynastiques.

En tenant compte de la tradition de la transmission du patronyme par les hommes, on peut créer des patriclans et force est de constater qu’il existe 24 noms à l’origine des années 1600 parfois antérieures, qui se sont transmis au fil du temps jusqu’à nos jours et ont fini par essaimer au travers du monde. Le matriclan ne sera pas pistable par manque de références.

Avant d’aller plus loin, je voudrais insister sur le mot patriclan car il existe un modèle différent qui est celui de cluster, que chacun appréhende bien en ces périodes de pandémie. Le cluster concerne des individus vivant à un moment donné dans un lieu donné, mais n’ayant pas forcément de patronymes communs, ni de liens familiaux. Une école est un cluster, je parle donc ici de patriclan.

De nombreux patronymes se retrouvent à Robelmont

Création d’une carte de patriclan

La création d’une carte du patriclan, commence par un ancêtre nommé : Patronyme + fondateur et sur cette carte sous le fondateur, vont s’ajouter et s’aligner les prénoms des porteurs du noms, féminins et masculins.

L’individu nommé fondateur est le porteur du prénom inconnu, qui lie les porteurs du patronyme entre eux, sans que l’on sache s’il est précisément le père ou l’oncle ou peut-être le grand-père. Il se trouve dans le lieu à une période qui permet de regrouper les individus entre eux.

Le fondateur est forcément un inconnu, de manière à lier les individus. Pour lier le fondateur et les autres individus j’ai utilisé Notion et créé une base de données à cet effet. Cette base de données n’est pas le sujet de l’article mais peut faire l’objet d’une explication.

Pour créer cette carte, j’ai besoin de plusieurs outils : une base de données, j’utilise Notion avec un modèle (Template) que j’ai créé selon mon besoin, le logiciel de généalogie, Heredis pour ma part, il peut aussi s’agir de Geneatique et ensuite d’un logiciel d’infographie, CANVA . J’ai testé un tas de méthodes aussi désopilantes les unes que les autres, dessin à la main, impression d’arbre, schéma Word, etc., qui ne m’ont pas satisfaites.

Dans la base de données, j’ai créé des périodes qui correspondent à des générations de 28 ans, le fondateur se trouve toujours à une génération précédent la génération où l’on trouve un individu existant.

Par exemple, le premier patronyme ALLARD que je découvre se situe en génération 12 avec pas moins de onze individus qui ont forcément eut un père et une mère. Pour le moment, Je ne connais pas les liens entre eux, mais les recherches ne sont pas terminées. Chacun de ce groupe d’individu peut être relié par le fondateur du clan, dont la génération est G12 – 1 soit G 13.

L’important est de raccrocher les individus de la génération 12 à la génération 13, en indiquant bien que l’on ignore la parenté exacte. Si de nouvelles données sont découvertes au sujet d’un individu, il est très facile de les ajouter et de corriger les fiches.

ALLARD Fondateur Patriclan génération 13

ALLARD fondateur du clan est lié d’une manière ou d’un autre avec tous les porteurs du nom ALLARD de cette époque. La consultation de Notion m’apprend qu’il existe : Catherine, Elisabeth, François, Françoise, Jacob, Jean et Jean, Marie,  Nicolas, Quintin, Thomas, dans cette liste il y a deux personnages à retirer, Maurice Nicolas, une exception venue de Reims et maître de forges, dont on ne sait d’ailleurs pas pour le moment s’il est lié aux ALLARD installés à Robelmont et le curé Henry ALLARD. Je n’exclus pas complètement cette piste rémoise. Voir article N comme Nouveaux venus.

La deuxième étape consiste à aller dans le logiciel de généalogie pour affiner et créer ce clan. Je crée d’abord la fiche individu ALLARD Fondateur G13 Patriclan. Je vais ensuite ajouter les douze personnages ici plus haut en lien enfant, je sais qu’ils font partie de la génération 12 dont les naissances se situent entre 1680 et 1709. J’ai plusieurs Catherine ALLARD dans Heredis, il faut que je trouve la bonne. 

Pourquoi utiliser deux logiciels ?

Lorsque je rentre les données dans Notion, c’est au fil de mes découvertes récentes, il existe pourtant dans Heredis tout un tas de personnages rentrés au fil des années parce qu’ils ont un lien avec ma généalogie. A vrai dire, ce sont les personnages “flottants” dont les informations se perdent, par manque de clarté et pourtant ils peuvent nous mettre sur de nouvelles pistes.

En cherchant cette Catherine, je me suis aperçue que toutes celles que j’avaient dans Heredis avaient un père. Elles ne pouvaient dès lors pas être liées avec le ALLARD fondateur dont j’essaye de trouver les descendants. C’est la raison pour laquelle, elle est barrée dans le paragraphe plus haut, ainsi que ces frères et sœurs. Je dois également en faire la correction dans Notion, ce qui se fera après ce Challenge AZ, restons concentrés, plus qu’une semaine.  

Le père de cette Catherine est Thomas ALLARD, il est donc de la génération -1, c’est lui que je vais lier au ALLARD fondateur G 13.

Je procède ainsi pour chacun des prénoms des individus de cette liste Notion reste alors quatre personnages : Thomas, Françoise et François et Jean. Qui ont tous comme lien le fondateur du patronyme sur ce lieu.

C’est ainsi que je peux créer l’infographie Patriclan. Ce faisant, j’ai découvert deux nouvelles pistes : Reims en Champagne et Koerich au Luxembourg, lieux de naissances de certains ALLARD.

J’ai également une meilleure visibilité de ces individus qui ne sont plus “flottants” et dont je peux aller chercher les actes et ensuite confirmer ou infirmer les liens. Pour le plaisir de l’afficher sur le mur qui se trouve au-dessus de mon bureau, je crée une infographie. Promis dès qu’elles seront toutes faites, je vous poste une photo.

GRAVET Fondateur de la cense d’Harpigny

Deuxième exemple avec le plus petit des lieux de cette série qui est la cense d’Harpigny, hameau exploité depuis le milieu des années 1660 comme l’indique les actes des décès des habitants de ces bâtiments. Article V comme Verly et Harpigny.

Dans mon logiciel de généalogie, je crée une fiche avec cette méthode :

Nom: GRAVET Prénoms: Fondateur G11 Qualité :  Patriclan

Ce qui me permet d’avoir une fiche qui se présente ainsi.

Liaison avec le fondateur du clan

En me basant sur la base de données Notion et en veillant bien à respecter les générations, je lie les individus de mon logiciel au fondateur du clan, selon leur génération de naissance, on s’aperçoit que leur date de naissance se décline et même si nous ne savons pas qui est le père ou l’oncle, il y a une certaine cohérence à les voir vivre dans le même lieu.

Il existe 3 individus de cette période dont on ne connaît pas le père, ces personnages ont eux-mêmes une descendance.

Jean né en 1660, Anne née en 1668, Henry * mort en 1729 dont on sait qu’il est le père de Françoise *, née en 1696.

Ces individus existaient dans mon logiciel, mais ils “flottaient” sans attaches ascendantes, le patronyme et le lieu de naissance permet de les réunir, il y a une meilleure visibilité et une meilleure utilisation du logiciel.

En vérifiant la génération suivante je me heurte à une nouvelle difficulté

Créer un fondateur ne suffit pas, certains individus apparaissent dans la descendance sans que l’on puisse les lier.

Ensuite, il y a ceux de la génération suivante, nés entre 1705 et 1716 et dont on ne connaît pas la filiation, mais encore nés dans le même lieu. Ils ne peuvent pas être rattachés au fondateur car ils sont trop jeunes et en se faisant, ils vont se retrouver sur la même lignée descendante.

Un individu lien est créé

Entendons-nous bien, le fondateur existe en génération G11, nous avons 3 personnages à la génération suivante en G10 et on s’aperçoit qu’il reste des individus qui font partie de la génération G9 dont on n’a pas l’ascendant mais ils vivent au même endroit et porte le même patronymes.

Pour les lier au clan, il suffit d’ajouter un individu à la génération intermédiaire entre le fondateur et eux.

Patronyme Lien G Patriclan

Il s’agit d’un individu qui lie les générations. Il faut qu’il soit à la génération précédant l’individu. Donc G10 – 1 = G 11.

Sa fiche sera Nom : GRAVET prénom : Lien qualité : patriclan et il se crée une hiérarchie dans les dates.

Le “père” de ce GRAVET Lien est GRAVET fondateur G11 et il lie 4 individus qui sont nés à la génération 9 et qui ont très peu de probabilités d’être l’enfant du fondateur. Il est possible qu’ils soient les enfants des personnes de la Génération 10, mais nous n’en avons pas les traces.

Voici les 3 générations dont deux inconnus.

Amélioration de la visibilité des individus d’un même milieu

Dès lors, mes individus ne flottent plus, je peux enfin les rassembler en clan et avoir une certaine cohérence.

Grâce au curé COLLET qui a rempli les actes de naissance en notant la filiation, on peut situer les dates de mariage des parents dans une fourchette de 1 an avant la première naissance.

On obtient ceci, Elisabeth serait née en 1710, Catherine en 1711, Jacob en 1708, Marie en 1709, et donc de donner un sens à ce clan, pour lequel les individus s’alignent en naissance sans que l’on connaisse les liens familiaux encore une fois.

Des cartes de patriclan sont ainsi créés

Ce crée alors 26 cartes avec chacun des patronymes installés sur Robelmont et donc 26 clans qui finiront par tous être liés et engendrer des dynasties de descendants dont le nombre reste à répertorier.

J’ai bien envie de suggérer aux concepteur de logiciels d’ajouter un lien individu que l’on pourra confirmer en cluster ou en patriclan, il en est de même pour les familles recomposées ou les pères biologiques découverts. Par exemple, lors de la création d’un individu lien au lieu d’enfant ne pourraient on pas transformer et indiquer : beaux-enfants ou parenté adoptive. @heredis

Le rassemblement en un clan patronymique a des avantages

Découverte de nouvelles pistes et une meilleure visibilité de ces individus qui ne sont plus “flottants” et dont il ne reste plus qu’à aller chercher les actes et ensuite confirmer ou infirmer les liens.

NB: le système de comptage des générations démarre avec celle qui est actuelle soit la G1 est formée par les individus de naissance de 2010 à 2019.

Généalogie : ALLARD, GRAVET

La suite du Challenge AZ avec la lettre Y comme chromosome Y

2 comments on “X comme l’inconnu et le patriclan

  1. Ton approche est vraiment intéressante ! Je note l’idée dans un coin de ma tête car j’ai aussi à démêler pas mal d’individus aux origines de la branche VALENTIN. Notion peut effectivement être d’un très bon secours.
    Ça me donne envie aussi de travailler sur les familles des villages de Schell-Vinsberg où il y avait 50/100 habitants. Ces familles sont toutes arrivées vers 1680 pour repeupler le territoire. Je pense qu’à cette échelle la méthode est pertinente. Certes, je connais déjà les liens, mais cela permettrait de créer une cartographie plus précise en remontant les liens familiaux avant leur venue en Lorraine. Merci Brigitte pour ce très bon article !

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    • Effectivement, c’est bien plus clair ainsi. J’ai pas mal tourné en rond et suis si souvent revenue dans ce registre que je me suis dis que je passais à côté de quelque chose. Finalement cette notion de patriclan et de générations me sont revenues de mes études de sciences sociales et d’ethnologie. Vivre ensemble dans un petit lieu donné assez isolé dans les bois et avec un projet commun devait créer un clan. Les résultats sont au-delà de mes espérances. Je compte l’appliquer pour d’autres paroisses un peu semblables à celle-ci. Je serais aussi curieuse de connaître le résultats de tes recherches. Merci pour tes encouragements.

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