La complication des noms de famille entre l’oral et l’écrit
Dans cette saga, nous avons eu affaire à des noms de famille simples. Si vous avez suivi les vidéos tout au long des événements, je vous ai cité deux noms DULIEU et ROUBAUD. Mais comment l’écrivez-vous ? Entre l’oral et l’écrit, il y a un monde de différence.
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Depuis fort longtemps, le nom de famille s’écrit.
L’héritage des monuments de l’Egypte a permis de faire la lecture des hiéroglyphes et de trouver comment les pharaons et leur famille se nommaient.
En Europe, il y a des siècles que les noms de famille des aristocrates étaient écrits pour s’assurer de la filiation de ceux-ci. On trouve dans les livres d’histoire différentes orthographes pour les mêmes individus. Les différentes tentatives par décrets, édits ou autres ne fixèrent pas vraiment ce problème, sans doute, la raison en était que l’on attachait moins d’importance à l’écrit qu’à l’oral.
En France, l’orthographe des noms de famille comme on la connaît aujourd’hui a été fixée par Napoléon Ier en 1808 avec cependant des variations jusqu’à l’émission des premiers livrets de famille en 1877 pour la France ou carnet de mariage pour la Belgique. Cependant, elle n’était pas encore appliquée de façon rigoureuse.
Lors des recherches généalogique, il n’est pas étonnant de trouver les noms de famille écrit différemment au cours d’une vie ou parmi les membres d’une même famille.
Entre registre et index, il peut également y avoir des variations dans le recopiage des noms. Restons attentif à ce genre de détails.
Comment écrire le nom de famille ?
C’est une question qui tourne sans cesse parmi les généalogistes. Certains font leur propre choix et cela devient assez aléatoire pour l’organisation de nos recherches.
La convention thermidorienne en 1794 vient fixer les libertés prises à la Révolution, avec les noms de famille dans son article Ier qui est : « Aucun citoyen ne pourra porter de nom ni de prénom autres que ceux exprimés dans son acte de naissance : ceux qui les auraient quittés seront tenus de les reprendre. »
Les choses sont un peu plus claires, le nom de famille est donc celui de l’acte de naissance.
Utiliser les capitales pour distinguer le nom de famille.
Pour ce qui est de l’utilisation des capitales pour le nom de famille en généalogie, comme en médecine. C’est l’utilisation de l’ordinateur qui permet d’adopter ce système pour éviter toute confusion par exemple, lorsque l’on s’appelle Bernard Martin ou Pierre Richard, comment distinguer le nom du prénom ? Par les capitales Bernard MARTIN est plus lisible.
Imaginez faire une amputation sur la jambe de Pierre André, alors que deux personnes se trouvent dans le même hôpital et s’appelant ainsi donc homonymes sans prêter attention à la différence du nom de famille et prénom, les conséquences peuvent être gravissime. C’est déjà arrivé !
Pour faire le point : le dossier d’une personne porte son nom de naissance et le nom de famille en capitale. Ceci est mon organisation propre, il n’y a pas de standards officiels définis en la matière.
Les deux familles citées dans cette saga
Nous allons voir avec plus d’attention les actes de la famille ROUBAUD et de la famille DULLIEU.
Les variations régionales des terminaisons :
Vous connaissez peut-être le jeu qui consiste à dire tout haut des mots qui se ressemblent phonétiquement. Faites l’exercice à voix haute ces mots qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre : les, lait, laid, lai, laie, lé, lez, lès, l’est, même s’il y a des différences selon les mots, les gens n’ont pas toujours une diction impeccable et cela prête à confusion.
Les ROUBAUD de cette Saga
Le nom de famille ROUBAUD en est un exemple
les terminaisons en « au » peuvent être écrite de différentes manières : au, eau, eault, eauld, eaux, aux, aud, od, ot, nous aurions donc ROUBAU, ROUBEAU, ROUBEAULT, ROUBEAULD, ROUBAUX, ROUBEAUX, ROUBAUD, ROUBOD, ROUBOT selon la région où le nom a été écrit. Il existe des livres spécialisés sur la question, si jamais vous voulez en savoir plus à ce sujet.
Pauline ROUBAUD
Elle est l’épouse de Jean Robert, née à Lunéville, Meurthe, France le 3 janvier 1836. ROUBAUD est écrit avec un D sur son acte de naissance, ainsi que celui de son père Antoine ROUBAUD mégissier, 40 ans. Malheureusement les registres de Lunéville sont manquants pour la période de l’Ancien Régime, il ne m’a pas été possible de remonter plus haut.
Pauline ROUBAUD est bien inscrite sous cette orthographe à son mariage avec Jean Robert en 1866 et sur son acte de naissance, l’officier d’état civil n’a donc commis aucune erreur.

ROUBEAUD Pauline, l’officier d’état-civil et c’est ainsi que le transcripteur des actes dans l’index décennal de Mellier recopie le patronyme de Pauline dans son acte de décès en ajoutant un E

ROUBAUG : Un autre détail, la signature de sa mère est assez intéressante car elle écrit BONDIDIER Veuve ROUBAUG.

ROUBEAU : J’ai cependant rencontré un Jacques Nicolas ROUBEAU, fils de Jean François Sigisbert né à Lunéville en 1795 (16 prairial an 3) dans les tables décennales des AD54. Il s’agit peut-être d’un cousin ou d’un frère, mais il ne m’est pas possible de trouver le lien. Ce qui est intéressant c’est la différence d’écriture.
ROUBEAUX Apolline ! C’est ainsi que le faire-part de décès de Jean Robert est rédigé en 1930. Pauline est décédée en 1909, comme indiqué plus haut.

ROBEAUX
En cherchant Pauline dans les index décennaux de Mellier, j’ai trouvé ROBEAUX Charles la veuve EILLAU Joséphine était-il de la même famille ? Je ne vais pas m’éloigner de mon sujet de recherche et tomber dans un trou de lapin, laisse ceci.
Parcours d’une femme :
L’épouse de Jean Robert se prénommera Pauline à sa naissance et toute sa vie, excepté à la mort de son époux 27 ans après elle où elle deviendra Appoline, prénom en vogue à ce moment-là.

Une autre famille de cette saga les DULLIEU
DU LIEU, DU LIEUX, DULIEU, DULLIEU
Le patronyme de Jean Robert est DULLIEU et il y en a des centaines dans ce coin-là, je dirais même sans mauvais jeu de mot dans ce lieu-là !
Pour un nom simple, les écritures varient tellement, s’il n’y a pas la mention des épouses ou des parents, il est très difficile de s’y retrouver. Ce qui est amusant c’est que les écritures des épouses n’ont pas changé, alors qu’elles semblaient moins faciles, LOUPPE, HURIAUX, MERGAUX ont subi peu de changements.
DU LIEUX
En remontant quelques actes de nos ascendants communs, dans les registres BMS. Nous pouvons voir que le curé écrivait avec une certaine cohérence la naissance de Joannes Baptista fils légitime de Henrici Josephi DULIEUX le 20 février 1769.

Il l’écrit de la même manière sur l’acte de décès de Maria Franscica Joanna DULIEUX, le 03 février 1776.
DULIEU
Le 10 février 1776, soit 7 jours après, il signe l’acte de décès de Fransciscus DULIEU.
Comme nous n’avons absolument aucune autre indication, il n’est pas possible de savoir qui étaient les parents de ces personnes.
DULIEUX
1808.10.29, Henry Joseph ROSSIGNON, maire et officier d’état-civil écrit, Jean Baptiste DULIEUX Le Jeune, cultivateur âgé de quarante ans, époux de Marie Catherine ROBERT, déclare un fils MARTIN et signe Jean Baptist DULLEUI

DULIEU et DU LIEU
1811.05.03, il est écrit par l’officier d’état-civil, maire, Henry Joseph ROSSIGNON, Jean Baptiste DULIEU, trente un ans, cultivateur, époux de Anne Joseph HURIAUX déclare son fils Nicolas Joseph, et signe Jean Baptis DU LIEU

DULLIEU et DULIEU
En français actuel, lorsque l’on dit DULIEU, on détache bien les lettres, par le passé, le parler des gens était différents, il existe encore des personnes âgées qui disent DULLIEU en le prononçant avec un L mouillé comme s’il disait yeux, ce qui donne deux L finalement. Cela porte à confusion pour celui qui va écrire le nom.
L’officier d’état-civil de ces années-là ne cite pas son propre nom mais signe JP VALET et crée un vrai mic-mac.
1813.09.14, il est écrit, Jean Baptiste DULIEU, l’aîné âgé de quarante-six ans, cultivateur, époux de Marie Catherinne ROBERT déclare un fils Hubert. Ce Jean Baptiste, là signe Jean Baptiste DULLIEU.
1815.06.21, il est écrit, Jean Baptiste DULLIEU, tailleur d’habit époux Marie Joseph LOUPPE vient déclarer la naissance de sa fille Anne Catherinne (avec 2 n). Jean Baptiste signe DULIEU !

1815.08.08, l’officier d’état civil, se présente enfin, il s’agit de Jean Paul VALET, il écrit Jean Hubert DULIEU (de Thibesart, qu’il oublie de préciser) époux de Marie Thérèse HURIAUX, déclare un fils Jean Baptiste et signe Jean Hubert DULLIEU.
1817.06.07, il est écrit, Jean Baptiste DULLIEU, trente-sept ans, cultivateur, époux de Anne Josephe HURIAUX, déclare un fils Martin et signe Jean Babtis DU LIEU (voir 1811)
1817.03.31, il est écrit, Henrij Joseph DULLIEU, cultivateur, époux de Marie Catherinne LOUPPE déclare un fils, Jean Baptiste, il signe Henry Joseph DULIEU.

1819.03.10, il est écrit, Jean Baptiste DULLIEU, trente ans, cultivateur, époux de Marie Françoise MERGAUX déclare un fils Jean Baptiste (ce couple sont mes SOSA). Il signe DULIEU, d’une belle signature travaillée.

1820.06.27, il est écrit, Jean Baptiste DULLIEU, tailleur d’habit, époux de Marie Joseph LOUPPE, déclare un fils Jean Joseph et signe Jean Baptiste DULIEU.

1827.08.04 l’officier d’état-civil écrit DULLIEU Jean Hubert de Thibesart, cultivateur époux de Marie Thérèse HURIAUX, déclare le décès de son fils Henry Joseph DULLIEU âgé de deux mois et il signe DULIEU !
Au passage, si vous ne vous y retrouvez pas dans les Jean Baptiste, soyez excusés, c’est d’une complication infinie !
Voici la fin de cette démonstration des différentes orthographes, il faut garder en tête la très grande différence qui existe entre ce que l’on entend et ce que l’on écrit.
Un épisode 6 de la saga de la forêt d’Anlier est prévu, comme il demande assez bien de travail. Il sera probablement publié en décembre.
Durant tout le mois de novembre, à partir du 1er, je participe au Challenge AZ d’écriture en généalogie. Une publication par jour durant tout le mois sauf le dimanche en commençant par la lettre A et en terminant par la lettre Z.
Cela demande beaucoup de recherches. Et même si j’ai décidé de me limiter à un tout petit article, il demande pas mal de préparation. Le thème sera le travail des femmes de mon arbre.
Je vous retrouve bientôt.
Les sources des documents présentés sont les registres BMS de Mellier, Lux et registres d’état-civil de Mellier, Lux, disponibles sur https://agatha.arch.be/
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