Un question a été posée lorsque nous avions cherché qui étaient les personnages sur la photo du centenaire de Mellier lors du premier épisode de cette saga : Qui est l’homme avec les cheveux blancs et la moustache ?
Dans l’épisode 2, nous avons découvert qu’il s’agissait d’Émile NICOLAS, né en 1877 et décédé en 1946. Il est le neveu de Jean Robert DULLIEU, dont la sœur Marie Joséphine DULLIEU est sa grand-mère. Émile étant mon arrière-grand-père, nous avons donc des ascendants communs dans cette commune de Mellier, Luxembourg.
Nous allons voir aujourd’hui, son parcours et surtout la remise dans le contexte des forges, des bois et des mines cités dans l’épisode 1 de la saga de la forêt d’Anlier.
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Son livret militaire nous aidera à retracer son parcours pendant quatre ans ainsi que sa progression professionnelle. Sur une des pages, il est écrit : profession antérieure, ouvrier mineur, il a vingt ans en 1897, il est célibataire. Les mineurs de cette région sont des mineurs de minette, le minerai de fer qui se trouve dans le sol de toute la Lorraine et est très recherché pour faire de la fonte de qualité.

Une révolution industrielle a démarré au 18e siècle
Entre 1820 et 1830, s’amorce une grande période de déclin de la sidérurgie dans cette région devenue belge. Les forges ferment progressivement et les hommes se retrouvant sans travail sont devenus cultivateurs.
La sidérurgie ce n’est pas seulement l’industrie des forges mais aussi, les bois avec la production de charbon de bois et les mines de fer. Seuls les mines fournissaient encore assez de travail.
La raison de ce déclin est l’invention à la fin du 18e siècle du processus de fusion du fer grâce au coke (la houille) par l’anglais Abraham DARBY créant un changement de paradigme et une révolution industrielle majeure. Le charbon étant plus stable en chauffe.

Un peu plus tard, Henri CORT, maître de forges, inventa le puddlage, une technique de brassage de la fonte qui permis d’exploiter le fer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Ce fût le début de la coulée continue dont on parle encore actuellement.

Ce changement majeur initié en Angleterre, apportait une technologie beaucoup plus rentable qui intéressa les maîtres de forges de toute l’Europe : France, Allemagne, Luxembourg, Pologne, Suède etc.
La combustion par le charbon de bois, n’arriva évidemment pas à rivaliser avec cette révolution industrielle.
La houille ou charbon de terre, se trouvait sur tout le territoire de la Belgique, de la France du Nord (les chorons), et les usines de forges se trouvant loin, il fallait donc résoudre le problème de transport, solution apportée par le dernier Abraham DARBY III inventeur du rail de fonte. Ces rails permirent une expansion ferroviaire énorme, le rail passa partout et était indispensable à l’apport des ressources pour les forges.
La première ligne créée fut Bruxelles-Luxembourg, ce qui bien entendu permettait d’annexer le Luxembourg riche économiquement. Les voisins étaient la région française du Grand-Est et l’Allemagne de la Ruhr entre autres.
Protectionnisme français et Réaction Prussienne
A cette époque, les tergiversations politiques virent naître un protectionnisme de la France, voulant à tout prix conserver ses ressources en houille, en fer et en rails. Sans oublier que le fer sert également pour fabriquer les armes. Pour ce faire, il suffisait d’augmenter les taxes à l’achat pour les pays étrangers de manière assez drastiques.
De l’autre côté de la frontière, les pays face à cette barrière économique décidèrent eux aussi de réagir en créant en 1834, le Zollverein ou Union douanière allemande, permettant le libre-échange des états membres de la Prusse y compris les Pays-Bas, le Luxembourg et ensuite la Belgique. La réponse digne de Caïn et Abel fut œil pour œil, dent pour dent, les français voulant acheter des marchandises payaient plein pot.
Ce protectionnisme français, entre autres du bassin de la Chiers (Longwy) lança la création de haut-fourneaux à coulée continue s’étendant partout où c’était possible. Nous connaissons encore l’entreprise Arcelor-Mittal.
Si les entreprises se portaient bien, grâce à ces stratégies, la situation des frontières devenait compliquée pour les habitants, ceux qui étaient proche des hautes forges aux bois, se retrouvèrent sans travail. C’est l’époque des migrations des travailleurs vers les endroits productifs.
Le service militaire d’Émile dura quatre ans.
Emile, 20 ans, remplit ses obligations de milice en 1897, il effectua quatre années et chaque fois qu’il obtient une permission, il est obligé de faire tamponner son carnet à l’arrivée et au départ de son lieu de déplacement. Il a seize visas d’entrée et de sortie. Congés sans solde dont visiblement à la lecture on comprend qu’il cherchait du travail. Il prend le train, est-ce que c’est de là qu’est venu son inspiration à travailler aux chemins de fer plus tard ?
Émile est à Oettingen pendant six mois
Son premier visa est son retour à Mellier sa commune d’origine en 1899, soit deux ans après l’entrée en service militaire. Son deuxième visa est à tamponné à Oettingen le 3 janvier 1900, der Bürgmeister, écrit en allemand. J’ai d’abord pensé à celui qui se trouve en Souabe, mais un militaire n’aurait pas eu le droit d’aller aussi loin.

Dans son carnet est inscrit : En cas de mobilisation, il se rendra immédiatement sans autre avis, par la voie la plus rapide et la plus directe au dépôt ou fort où sont déposées ses armes et ses effets.
C’est alors que j’ai pensé à Ottange (Oettingen) se trouvant à la frontière en France mais étant allemand (ou Luxembourgeois) à l’époque. Il y avait des hautes-forges et il y est resté six mois, ce qui laisse supposer qu’il a travaillé là où il avait un certain savoir-faire.
C’est à son cinquième visa que l’on voit un changement de direction, en 1902, il se trouve à Mont-sur Marchienne dans le Hainaut, connu pour avoir une gare importante, il y restera neuf mois. C’était une ville sidérurgique ou il y avait des charbonnages, remplacée plus tard par une clouterie. Il a nouveau cherché du travail selon ses compétences. Ce sont des suppositions et je ne cesse de chercher à les vérifier.
Émile est sur la ligne de chemin de fer Bruxelles-Luxembourg
Son huitième visa, indique qu’il est à Jemelle, c’est à nouveau une gare sur la ligne Bruxelles-Luxembourg-Sterpenich, c’est même une gare de jonction et de triage dont des travaux conséquents ont été effectués en 1900.

Ensuite il a un visa a On dans les Ardennes, à nouveau une gare, où il travaillera cette fois. Il est dit dans la famille qu’il a été un des premiers à inaugurer la première locomotive à vapeur. Je ne sais pas si l’histoire est complètement vraie, mais ce qui est certain c’est qu’Émile est devenu conducteur de locomotive, titre prestigieux à l’époque.
Le voici lors du premier mai, fête du travail où l’on décorait la locomotive d’une couronne de fleurs.

Parti de rien Émile a progressé socialement grâce à son ambition et sa volonté. Il s’est marié, a eu des enfants, des petits-enfants qu’il a connu et je suis contente d’avoir quatre photos de lui, tout en ayant l’espoir d’en découvrir de nouvelles.
Quel est le rapport avec les forges ?
En remontant les ancêtres DULLIEU, on peut s’apercevoir qu’avant la génération de Jean Robert (oncle d’Émile) et que l’on suit les ascendants avant 1800, il n’y a que des forgerons, un ou deux tailleurs d’habits, mais tous les autres jusqu’en 1680, sont dans la forge ! On découvre cela écrit sur les actes de mariage : ouvrier de la forge ou manouvrier et ensuite sur les actes de décès, où l’on peut lire qu’ils sont devenus forgerons ou lamineur ou platineur, ou autres spécialités.
Nous voilà à nouveau comme à Berchiwé avec une dynastie de descendants du fer, qui ont ensuite évolués vers la culture de la terre au moment ou il n’y avait plus de travail et puis vers le chemin de fer. Nous pouvons aussi lire dans les actes la migration des familles, vers la région Rémoise, vers la France Lorraine, vers l’Allemagne de la Ruhr et d’autres bassins sidérurgiques, vers la Pologne et également vers la Suède où ils ont fondés des communautés entière. Les ouvriers de fer luxembourgeois avaient une excellente réputation de savoir-faire et étaient recherchés par les différents acteurs de différentes régions.
Nous voici au bout du parcours d’Émile, la semaine prochaine, je vous réserve un nouvel épisode. Tout au long de ces récits, surtout si vous avez suivi les vidéos, je vous ai mentionné des noms de famille, vous allez voir qu’entre les entendre et les lire, il y a un monde de différence qui explique la variété des orthographes que l’on trouve lors des recherches de généalogie.
Merci de suivre cette saga avec autant d’intérêt, cela me touche beaucoup.
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