La saga de la forêt d’Anlier – épisode 3 – Le secret

La saga de la forêt d’Anlier est une histoire née à partir de la photographie ancienne, dont nous ne connaissions pas les personnages, au fil des découvertes, nous arrivons à retrouver les noms et le secret de famille caché derrière cette photo.

Nous avons donc fait la connaissance du centenaire Jean Robert DULLIEU né en février 1830 et décédé en octobre 1930. L’homme à la moustache et aux cheveux blancs est Émile NICOLAS, mon arrière-grand-père, né en 1877 et décédé en 1943. Il a fallu un certain temps avant de réaliser que sa grand-mère était la sœur de Jean Robert. Marie Joséphine DULLIEU a épousé, Jean NICOLAS en 1850 et ils ont eu une fille Catherine Appoline, la mère d’Émile NICOLAS. La dame sur la photo reste pour nous une inconnue.

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Des légendes familiales aux secrets de famille

Elles naissent de propos infondés créant des rumeurs, les phrases déformées par les uns et les autres finissent par donner une image saisissante de la vie d’une personne et cette histoire en est un parfait exemple.

Ces légendes permettent de cacher des faits honteux à l’époque où ils ont existé.

Les propos tirés des conversations entre ma nièce, ma tante et moi-même, n’ont aucune réalité, les conclusions tout bonnement imaginaires ont décidés de la mort virtuelle de Catherine. Je vous livre son histoire qui est bien différente de celle qu’on nous racontait.

La vie de Catherine Appoline NICOLAS 

Qui est le père d’Emile NICOLAS ?

Première surprise en 2015. Dans tout mon arbre, c’est le seul cas de fille-mère rencontré, nous aurions du le voir mais l’habitude d’entendre le patronyme NICOLAS, ne nous a pas fait réagir, en réalité il s’agissait de son matronyme, soit le nom de sa mère.

Transcription de l’acte de naissance d’Émile NICOLAS

« Le onze novembre mille huit cent soixante-dix-sept à Mellier, sa grand-mère Marie Joséphine DULLIEU âgée de soixante ans, ménagère déclaré qu’à raison de l’accouchement qui a eu lieu chez elle que le neuf du présent mois à trois heures du matin, est né hors mariage, de Catherine Appoline NICOLAS, âgée de dix-neuf ans, journalière, domicilié à Mellier, un enfant de sexe masculin du prénommé Émile. » 

Interroger la famille n’a fait qu’épaissir le mystère. Les réponses aux questions ont été : « Et bien oui, on le savait, mais elle n’a jamais voulu dire qui était le père ! » dit d’un ton péremptoire et définitif. La porte du coffre-fort c’est fermé.

Quelques jours plus tard, comme j’avais émis l’hypothèse qu’elle était jeune lorsqu’elle avait eu Émile, elle avait pu se marier plus tard. Ma tante m’appelle et une nouvelle information tombe : Catherine c’est remarié à l’âge de 27 ans avec Théodore MICHEL, ils auraient eu deux enfants et seraient tous morts de la grippe du côté de METZ, tous les quatre ! La porte est claquée !

Réflexe de généalogiste, essayer de comprendre et vérifier les actes, uniquement les actes, le reste peut être faux et ensuite retracer la ligne de vie de la personne.

Ligne de Vie de Catherine Appoline NICOLAS (1858-1934)

Catherine Appoline NICOLAS née le 26/09/1858 à Mellier, Luxembourg, B, est la fille de Jean NICOLAS né le 24/06/1829 à Arlon, Luxembourg, Pays-Bas autrichiens, journalier et de Marie-Joséphine DULLIEU, née le 18/03/1817 à Mellier, Luxembourg, Pays-Bas autrichiens, sa mère a 12 ans de plus que son père. Ils descendent tous deux de longues lignées que l’on peut tracer dans la même région jusqu’à la fin du 17ème siècle parfois bien avant.

Catherine a 18 ans, le 26 septembre1877, quelques mois plus tôt, elle a vécu une amourette avec un homme qui ne fera jamais partie de sa vie, mais qui lui laissera un petit. Était-ce une relation consentante ? Nous ne le saurons jamais, faisait-il partie de son entourage proche ? Nous ne le saurons pas non plus. Son ventre va s’arrondir dans une environnement très catholique et influencé par la culture allemano-autrichienne-franco-luxembourgeoise des trois K:  Kinder, Küche und Kirche soit en français : les enfants, la cuisine et l’église, c’est là la place de la femme. Et point essentiel, elle n’est pas mariée ! Elle apporte donc la honte et le rejet de la famille et de son entourage.

Le 9 novembre 1877, elle met au monde Émile NICOLAS son premier enfant, ce petit conçu vers le mois de mars porte son matronyme. Il semblerait qu’il ait été aimé par sa famille et ses proches. Émile adulte est souvent à la une des rares photos qui nous ont été transmise de cette époque. Catherine a disparu des souvenirs et pourtant, elle se mariera deux fois.

Catherine a 27 ans, elle travaille comme journalière et le 23 décembre 1885, elle se marie avec Théodore Ignace MICHEL à Mellier, il est né le 23 mars 1843, il 42 ans et est originaire du village proche de Rancimont, juste à côté. Ils sont cousins éloignés comme tout un chacun dans le Luxembourg. Les témoins à la noce sont les PARISSE, FASBENDER, GILLARDIN et tous cousinent.

Catherine a 28 ans, elle met au monde une petite fille Léona, Catherine MICHEL, le 25 novembre 1886, à Mellier. Elle a 9 ans de moins que son frère Émile NICOLAS. Mellier est un tout petit village, ils ont dû se connaitre.

Catherine a 42 ans, 15 ans plus tard, elle accouche d’une deuxième petite fille Joséphine, Augustine MICHEL, le 9 mai 1900, le couple est parti loin à environ 140 kms, ils sont dans la Marne à Warmeriville, arrondissement de Reims. Le père Théodore est camionneur. Entre son frère aîné Émile et elle, il y a 23 ans de différence et de 1897 à 1902, il fait son service militaire. Tous les déplacements sont notés dans son carnet de mobilisation, il n’y a aucun voyage vers Reims. A-t-il connu sa petite sœur ?

Catherine a 44 ans et devient veuve, son époux Théodore meurt le 12 octobre 1902 à Rancimont en terre natale.

Catherine a 45 ans, elle se remarie, le 16 décembre 1903, plus d’un an après le décès de Théodore, elle épouse Hubert HAUFFMAN veuf lui aussi. Ils n’auront pas d’enfants.

Catherine a 76 ans, elle décède le 18 juillet 1934 à Mellier, Luxembourg, B. Son deuxième époux Hubert décèdera 6 ans plus tard, le 01 avril 1940 à l’âge de 81 ans toujours à Mellier.

Comme vous pouvez le constater, ils ne sont pas morts à Metz, tous les quatre de la grippe ! Mieux, en dehors de l’épisode de Reims, Catherine a toujours vécu dans son village natal. Proche de sa famille et de son fils aîné. Je me demande finalement si ce n’est pas elle, l’intrigante femme assise à côté de Jean Robert DULLIEU, parrain de son fils ? Personne n’est capable de me répondre, le secret est bien gardé dans la terre, où ils reposent tous.  

Voici donc comment c’est monté une légende familiale, qui finalement décide de la mort virtuelle de Catherine Appoline. Ces légendes changent le comportement des individus et certains arrivent même à ne plus se parler car ils sont mis sur le côté.

Ma grand-mère aurait prétendu que cette histoire n’était pas vraie, que la mère de son père (sa grand-mère) n’était pas mariée ! Ma grand-mère était une personne adorable et aimante, mais elle avait des principes religieux très forts et c’était hors de sa conception morale d’accepter ce genre d’événements. Elle a toujours été dans le déni. Elle ne m’en a jamais parlé, on ne parlait pas des problèmes. C’est la seule fille-mère que j’ai trouvé dans toute ma généalogie. Nous ne connaîtrons pas les ascendants de ce côté, tant pis c’est comme cela.

Si vous avez des histoires louches dans votre famille, tentez l’aventure de la recherche, pour découvrir la vérité grâce aux actes. Et vous qu’en pensez-vous ? Avez-vous aussi des légendes familiales dans votre arbre ?

La semaine prochaine, nous allons découvrir la vie d’Émile et pourquoi je vous ai parlé du contexte dans le premier épisode.

Merci beaucoup de suivre cette saga, qui a l’air de vous plaire énormément. Je ne serais pas là sans vous lecteurs et visiteurs de ma chaine.


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